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La TVA, on la collecte, on la déclare… et on oublie parfois qu’on peut aussi la récupérer. Pourtant, la TVA payée sur les achats professionnels (la fameuse TVA déductible) peut constituer un levier non négligeable pour la trésorerie de l’entreprise. À condition d’en maîtriser les règles, les conditions d’éligibilité et les points de vigilance.
Car si le principe est connu, son application l’est souvent moins. Certaines dépenses sont exclues, les justificatifs doivent être irréprochables, et les délais strictement respectés. La TVA n’est pas un sujet complexe en soi, mais elle laisse peu de place à l’approximation. Dans la pratique, ce sont ces zones d’incertitude qui conduisent à renoncer, parfois sans le savoir, à des montants pourtant récupérables.
Ce guide revient sur l’essentiel : le cadre de la TVA récupérable, les principales catégories de dépenses concernées et les bonnes pratiques à adopter pour sécuriser ses déclarations et éviter les pertes de trésorerie inutiles.
Comprendre le mécanisme : qu’est-ce que la TVA récupérable, concrètement ?
Avant d’entrer dans le détail des dépenses ou des règles d’éligibilité, un rappel s’impose. La TVA récupérable (ou TVA déductible) repose sur un principe simple, mais fondamental : la TVA n’est pas censée constituer un coût pour l’entreprise. Elle est neutre par nature.
TVA déductible : un principe de neutralité
Le fonctionnement de la TVA repose sur un mécanisme de collecte pour le compte de l’État. L’entreprise facture de la TVA à ses clients, en paie à ses fournisseurs, puis reverse à l’administration fiscale la différence entre les deux.
La TVA payée sur les achats professionnels (TVA déductible) vient ainsi s’imputer sur la TVA facturée sur les ventes (la TVA collectée). Autrement dit, l’entreprise n’est pas redevable de la totalité de la TVA qu’elle encaisse, mais uniquement du solde.
Le calcul est le suivant :
TVA à reverser = TVA collectée – TVA déductible.
La TVA déductible n’est pas une option ou un avantage : c’est un droit, à condition d’en respecter les règles.
TVA à décaisser ou crédit de TVA : deux situations possibles
Selon le niveau d’activité et la structure des dépenses, deux situations peuvent se présenter.
La plus courante est celle d’une TVA à décaisser. La TVA collectée sur les ventes est supérieure à la TVA déductible supportée sur les achats. L’entreprise reverse alors la différence à l’administration fiscale.
À l’inverse, il arrive que la TVA déductible dépasse la TVA collectée. C’est notamment le cas lors d’un démarrage d’activité, d’un investissement important ou d’une période de faible chiffre d’affaires. On parle alors de crédit de TVA.
Ce crédit n’est pas perdu. Il peut être imputé sur les déclarations suivantes ou, sous certaines conditions, faire l’objet d’une demande de remboursement.
Quelles entreprises peuvent récupérer la TVA ?
Toutes les entreprises ne sont pas éligibles à la récupération de la TVA. Le droit à déduction suppose en premier lieu d’être assujetti à la TVA et de relever d’un régime permettant son application.
Sont principalement concernées les entreprises soumises au régime réel normal ou au régime réel simplifié de TVA. Ces structures facturent la TVA, la déclarent, et peuvent en déduire la TVA supportée sur leurs dépenses professionnelles.
À l’inverse, les entrepreneurs bénéficiant de la franchise en base de TVA (notamment certains auto-entrepreneurs) sont exonérés de TVA. Ils ne facturent donc pas de TVA à leurs clients.
En contrepartie, ils ne peuvent pas récupérer la TVA payée sur leurs achats professionnels, qui constitue alors un coût définitif pour l’entreprise.
Le panorama des dépenses : quels frais ouvrent droit à récupération de la TVA ?
Toutes les dépenses professionnelles ne se valent pas en matière de TVA. Certaines ouvrent largement droit à déduction, d’autres seulement partiellement, et certaines enfin sont exclues par principe.
Cette distinction est essentielle : c’est souvent ici que se jouent les erreurs, ou les opportunités manquées.
Les frais de déplacement et de véhicules : le cas le plus sensible
La récupération de la TVA liée aux véhicules et aux déplacements est encadrée par des règles précises, qui varient selon la nature du véhicule et le type de dépense.
Carburants
La distinction entre véhicule de tourisme (VP) et véhicule utilitaire (VU) est déterminante :
- le gazole et le superéthanol E85 ouvrent droit à une récupération de TVA à 100 % pour les véhicules utilitaires et à 80 % pour les véhicules de tourisme ;
- l’essence (SP95, SP98) suit désormais le même régime : 100 % pour les VU, 80 % pour les VP ;
- le GPL (gaz de pétrole liquéfié) et le GNV (gaz naturel pour véhicules) permettent une récupération de TVA à 100 %, quel que soit le type de véhicule ;
- l’électricité, pour la recharge des véhicules, ouvre également droit à une récupération de TVA à 100 %.
Achat et entretien des véhicules
La TVA est récupérable lors de l’achat d’un véhicule utilitaire, mais exclue pour l’achat d’un véhicule de tourisme, même utilisé à des fins professionnelles.
En revanche, la TVA sur les frais d’entretien, de réparation et de maintenance est récupérable, y compris pour les véhicules de tourisme.
Péages et stationnement
La TVA sur les péages autoroutiers et les frais de stationnement est récupérable, à condition de disposer de factures détaillées mentionnant distinctement la TVA.
Les frais de mission : repas et hébergement
Les frais engagés lors des déplacements professionnels obéissent à des règles spécifiques, parfois contre-intuitives.
Frais de restauration
La TVA sur les frais de restaurant est entièrement récupérable, quel que soit le taux appliqué, dès lors que la dépense répond à un intérêt professionnel avéré : repas d’affaires, repas pris par un salarié en déplacement ou en mission, par exemple.
Frais d’hébergement
Par principe, la TVA sur les frais d’hébergement du dirigeant ou des salariés n’est pas récupérable. C’est l’un des pièges les plus fréquents en matière de TVA.
Il existe toutefois des exceptions notables :
- la TVA est récupérable lorsque l’hébergement concerne un client, un fournisseur ou un partenaire extérieur à l’entreprise ;
- elle l’est également pour le personnel de gardiennage, de sécurité ou de surveillance.
À noter enfin une nuance souvent méconnue : lorsque la facture d’hôtel distingue le petit-déjeuner, la TVA afférente à cette prestation est, elle, récupérable.
Les biens, services et cadeaux d’affaires
En dehors des déplacements, la plupart des dépenses courantes de l’entreprise ouvrent droit à récupération de TVA, sous réserve qu’elles soient affectées à l’activité professionnelle.
Achats de biens et de marchandises
La TVA est récupérable sur les achats de matières premières, de marchandises, de fournitures de bureau, de matériel informatique ou encore d’équipements nécessaires à l’activité.
Achats de services
Les prestations de services ouvrent également droit à déduction : honoraires d’expert-comptable ou d’avocat, abonnements logiciels, téléphonie, frais de publicité, prestations de conseil, etc.
Cadeaux d’affaires
La TVA est récupérable sur les cadeaux offerts aux clients ou partenaires, à condition que la valeur unitaire du cadeau n’excède pas 73 € TTC par bénéficiaire et par an (seuil en vigueur).
TVA récupérable : ce qu’il faut retenir, dépense par dépense
Parce que toutes les dépenses ne se traitent pas de la même façon, voici un récapitulatif clair des principaux cas de récupération de TVA, avec les conditions à garder en tête.
Type de dépense | TVA récupérable | Conditions spécifiques / points de vigilance |
|---|---|---|
Carburant - Véhicule utilitaire (VU) | 100% | Gazole, essence, E85, GPL, GNV |
Carburant - Véhicule de tourisme (VP) | 80% | Gazole, essence, E85 |
GPL / GNV (VP et VU) | 100% | Quel que soit le type de véhicule |
Achat d’un véhicule utilitaire | 100% | Véhicule affecté à l’activité |
Achat d’un véhicule de tourisme | 0% | TVA exclue par principe |
Entretien et réparations (VP et VU) | 100% | Si factures conformes et détaillées mentionnant la TVA |
Péages et stationnement | 100% | Si factures conformes et détaillées mentionnant la TVA |
Frais de restauration (mission, affaires) | 100% | Intérêt professionnel avéré |
Hébergement dirigeants / salariés | 0% | TVA exclue par principe |
Hébergement clients / partenaires | 100% | Tiers à l’entreprise |
Petit-déjeuner à l’hôtel | 100% | Doit être distinct sur la facture |
Achats de biens (matériel, fournitures) | 100% | Affectation à l’activité |
Achats de services | 100% | Prestataire assujetti + facture conforme et détaillée mentionnant la TVA |
Cadeaux d’affaires ≤ 73 € TTC | 100% | Par bénéficiaire et par an |
Le cadre légal de la TVA déductible : ce qu’il faut impérativement respecter
La récupération de la TVA repose sur un cadre strict, défini par le Code général des impôts.
Pour qu’une TVA soit valablement déduite, quatre conditions doivent être réunies simultanément. À défaut, le droit à déduction peut être remis en cause.
Condition 1 : disposer d’un justificatif conforme
En matière de TVA, la facture est indispensable. Un ticket de caisse ou un relevé de carte bancaire ne suffit pas à justifier une déduction.
Pour être valable, la facture doit notamment comporter :
- l’identité du fournisseur (dénomination, adresse, numéro de TVA intracommunautaire) ;
- l’identité du client ;
- la date d’émission et un numéro de facture unique ;
- la description précise des biens ou services fournis ;
- le montant hors taxe, le taux de TVA appliqué et le montant de la TVA.
À défaut de facture conforme, la TVA n’est pas déductible, même si la dépense est réelle et nécessaire à l’activité. C’est l’un des motifs de remise en cause les plus fréquents en cas de contrôle.
Condition 2 : la dépense est engagée dans l’intérêt de l’entreprise
La TVA n’est déductible que si la dépense présente un lien direct et nécessaire avec l’activité professionnelle.
La distinction entre dépense professionnelle et dépense personnelle peut parfois être ténue, notamment en présence d’usages mixtes ou de dépenses à caractère « somptuaire ». Dans ce cas, l’administration fiscale apprécie la cohérence entre la nature de la dépense, l’activité exercée et les justificatifs produits.
Une dépense insuffisamment justifiée ou disproportionnée au regard de l’activité peut entraîner une remise en cause partielle, voire totale, de la déduction.
Condition 3 : la TVA est exigible chez le fournisseur
La TVA ne peut être déduite que si elle est exigible chez le fournisseur, c’est-à-dire si elle est devenue légalement due.
La règle diffère selon la nature de l’opération :
- pour les livraisons de biens, la TVA est exigible dès la livraison ;
- pour les prestations de services, la TVA est exigible au moment de l’encaissement du paiement, sauf option du fournisseur pour la TVA sur les débits.
En pratique, cela signifie que la TVA figurant sur une facture de prestation de services ne peut pas toujours être immédiatement déduite si le règlement n’a pas encore été encaissé par le fournisseur.
Enfin, certaines dépenses sont exclues par principe du droit à déduction, indépendamment de leur caractère professionnel.
Condition 4 : la dépense ne fait pas l’objet d’une exclusion légale
Enfin, comme nous l’avons vu précédemment, certaines dépenses sont exclues par principe du droit à déduction. Parmi les exclusions les plus courantes figurent notamment :
- les frais d’hébergement du dirigeant ou des salariés ;
- l’achat de véhicules de tourisme.
Ces exclusions s’imposent même lorsque la dépense est engagée dans l’intérêt de l’entreprise. Elles relèvent d’un choix du législateur et non d’une appréciation au cas par cas.
Comment récupérer concrètement la TVA ? Les 4 étapes à connaître
Un point de vigilance, d’abord : le droit à déduction est encadré dans le temps. Une TVA oubliée sur une facture peut être récupérée jusqu’au 31 décembre de la deuxième année qui suit celle au cours de laquelle le droit à déduction est né. Passé ce délai, la TVA est définitivement perdue.
Ce point clarifié, passons à la pratique ! Voici les 4 étapes à respecter pour récupérer la TVA.
Étape 1 : collecter systématiquement les factures
La récupération de la TVA commence par la facture. Comme nous l’avons mentionné à plusieurs reprises : sans justificatif conforme, aucune déduction n’est possible.
Dans la pratique, les difficultés proviennent souvent de situations très concrètes :
- une dépense réglée avec un ticket de carte bancaire sans facture ;
- une facture établie au nom d’un salarié et non de l’entreprise ;
- une facture incomplète ou imprécise, notamment sur la TVA.
L’enjeu est donc d’instaurer un réflexe clair : demander systématiquement une facture complète, établie au nom de l’entreprise. Cela suppose, dans de nombreuses structures, de sensibiliser les équipes (dirigeants compris) aux éléments indispensables à la récupération de la TVA.
Bon réflexe : dès qu’une dépense est engagée, transmettre immédiatement la facture (ou la photographier) plutôt que d’attendre la fin du mois. Plus le justificatif est collecté tôt, moins il risque d’être perd, et plus la TVA a de chances d’être récupérée.
Étape 2 : enregistrer correctement la TVA en comptabilité
Une fois la facture collectée, elle doit être enregistrée correctement en comptabilité pour que la TVA soit prise en compte dans la déclaration.
Cela implique notamment :
- une ventilation correcte entre le montant hors taxe, la TVA et le TTC ;
- l’affectation de la dépense au bon compte ;
- l’identification des dépenses dont la TVA est partiellement récupérable ou exclue.
C’est à ce stade que se sécurise le traitement fiscal de la dépense. Une TVA mal ventilée ou mal qualifiée à l’enregistrement se retrouve mécaniquement mal déclarée.
Étape 3 : déclarer et imputer la TVA
La récupération de la TVA devient effective lors de la déclaration.
- Les entreprises soumises au régime réel normal déposent une déclaration CA3, le plus souvent mensuelle.
- Celles relevant du régime réel simplifié déposent une déclaration CA12, généralement annuelle, accompagnée d’acomptes.
Dans tous les cas, la logique est identique : la TVA déductible est imputée sur la TVA collectée. C’est cette imputation qui permet de réduire le montant de TVA à reverser ou de faire apparaître un crédit de TVA.
Dans la pratique, un contrôle de cohérence entre la déclaration de TVA et la comptabilité, avant transmission, limite fortement les erreurs.
Étape 4 : automatiser pour fiabiliser le processus
Ce n’est pas une “étape” à proprement parler pour récupérer la TVA. Mais c’est un facteur de fiabilité à ne pas négliger. Sur le long terme, la fiabilité du processus dépend moins de la connaissance des règles que de la capacité à collecter, traiter et conserver les justificatifs sans rupture.
Les outils de gestion des dépenses et de la comptabilité permettent notamment :
- le scan et la lecture automatique des justificatifs (HT, TVA, TTC, taux) ;
- la détection des doublons et des factures non conformes ;
- un archivage structuré facilitant les contrôles ;
- la simplification des circuits de validation ;
- l’export comptable, limitant les ressaisies.
Ces outils n’altèrent pas les règles fiscales, mais réduisent les frictions opérationnelles qui conduisent, dans la pratique, à perdre de la TVA récupérable.
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La récupération de la TVA repose avant tout sur l’organisation et la rigueur au quotidien. Avec des règles claires et des process bien en place, elle devient un sujet maîtrisé, sans complexité particulière.
Nous espérons que ce guide aura levé vos doutes et qu’il vous aidera à mieux gérer votre TVA au quotidien.
Écrit par:
Julie Merrer
Juriste en droit des affaires et droit du travail

