Back to the future

Tout bascule : le syndicalisme nouveau est arrivé !

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Êtes-vous syndiqué ? À cette question, il y a seulement 10% de chances que vous répondiez par la positive. Si on vous l’avait posé en 1947, ce taux aurait été de 50%. Alors, à l’heure des plateformes de mise en relation entre travailleurs indépendants et entreprises, et de la mutation du travail, les syndicats sont-ils dépassés ? 

Pour cet article-bascule, nous voyagerons dans le passé et le futur du syndicalisme. A la fin de la lecture, vous ne serez sans doute toujours pas syndiqué, mais nous espérons que votre taux de compréhension sur ce sujet qui peut sembler technique sera de 100%

1884 : Travailleurs de tous les pays, unissez-vous !

En France, il est permis de se syndiquer depuis 1884 et la loi Waldeck-Rousseau. On aurait pu faire remonter cette histoire aux guildes du Moyen-Âge, qui ont été interdites par la loi Le Chapelier en 1791, mais l’article aurait été trop long…

Ce que vous pouvez retenir, c’est que si ces guildes ont été interdites en pleine Révolution française, c’était pour limiter le pouvoir des corporations – et que cela a de fait rendu impossible aux travailleurs de s’organiser collectivement. 

Super, merci Swile et Usbek & Rica pour le rappel des cours de SES. Mais qu’est-ce que c’est qu’un syndicat, exactement ? Dit simplement, c’est une association de personnes pour la défense d’intérêts professionnels communs.

Une définition qui n’a pas changé depuis le dix-neuvième siècle. En France, 1895 est une date clef : c’est la création de la Confédération générale du travail (CGT), qui se positionne d’emblée comme communiste et révolutionnaire. Et oui, les syndicats, c’est aussi politique ! Mais attention, si les syndicats peuvent partager les orientations politiques de certains partis, l’indépendance est de principe, et ce, toujours aujourd’hui.

À l’époque, les patrons ne voient pas cette “agitation” d’un très bon œil, et répliquent en proposant de nouveaux services pour les travailleurs, avec en premier lieu la cantine pour les célibataires. Vous trouvez ça paternaliste ? Lisez notre bascule Du paternalisme au maternalisme en entreprise pour en savoir plus.

1936-1978 : L’âge d’or du syndicalisme ?

Été 1936. On compte deux millions de grévistes en France. Leur objectif : faire pression sur le gouvernement de gauche fraîchement élu, le Front populaire, pour obtenir plus de droits. L’Assemblée nationale accorde deux semaines de congés payés à tous les salariés. Une mesure qui sera suivie d’autres victoires pour les mouvements ouvriers (augmentation de salaires, semaines de 40 heures, instauration de conventions collectives). L’union fait la force ! 

S’opposant à la vision d’un syndicalisme structurellement faible en France, les historiens Dominique Andolfatto et Dominique Labbé, auteurs d’une récente Anatomie du Syndicalisme estiment que « pendant une trentaine d’années, le syndicalisme a joué dans la société française un rôle important : des centaines de milliers de salariés y ont consacré une part de leur temps et des millions d’autres lui ont apporté au moins une contribution financière non négligeable. »

Définitions, chiffres, conseils : ce dico vous guidera dans le monde merveilleux de l’engagement de A à Z.

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Aujourd’hui : Les syndicats sont morts, vive les syndicats !

Aujourd’hui, le taux de syndicalisation en France s’est stabilisé à un niveau faible – la France est dans les derniers rangs des pays de l’OCDE. Le modèle du syndicalisme de services, où les syndicats gèrent par exemple l’assurance chômage (Belgique, 52% de syndiqués), n’a pas pris en France.

Les services aux salariés sont plutôt pris en charge par le CSE (comité social et économique), l’instance de représentation du personnel dans l’entreprise, et de plus en plus par de nouveaux acteurs du monde du travail – comme Swile. 

Qu’est-ce qui a causé ce déclin des syndicats ? Cet article-bascule ne suffirait pas pour analyser le phénomène, mais on avance quelques pistes. Les syndicats sont nés dans le secteur industriel (mineurs, ouvriers…) et la désindustrialisation de la France depuis les années 1970 a pu faire fondre les effectifs.

Sans compter que le monde du travail a été impacté par le déploiement de la sous-traitance et de l’intérim qui ont bouleversé le sens du collectif. Plus difficile de faire front commun quand les conditions de travail (et la stabilité de l’emploi) ne sont pas les mêmes entre travailleurs.

Les plus précaires d’entre eux peuvent aussi avoir peur de se syndiquer. La crainte  de représailles et discrimination était citée comme le premier frein à l’engagement syndical en 2019. 

Résultat la même année lors de la crise des « gilets jaunes » – les syndicats n’ont pas trouvé leur place dans ce mouvement majeur de revendications. S’agit-il de la première (mais pas dernière) fois où les syndicats ne sont pas à la pointe des mouvements populaires ? 

Pourtant, les syndicats sont plus que jamais nécessaires pour faire face à l’atomisation du travail. Certains salariés américains (un pays avec une riche histoire syndicale, qui connaît actuellement un taux de syndicalisation de 10%) ne s’y sont pas trompés : c’est un fait historique, Starbucks et Google comptent un syndicat depuis 2021. Et si l’implantation n’a toujours pas pris chez Amazon, on tenterait bien notre petite prédiction pour 2022…

2050 : Nouveaux modes de travail, nouveau syndicalisme

Nous sommes en 2050. Les mutations du marché du travail n’ont pas entraîné la fin des syndicats comme on pouvait le craindre dans les années 2010. Ils ont su se réinventer pour continuer d’accompagner les travailleurs. Au revoir les petites feuilles roses scotchées à côté de la machine à café, bonjour les réseaux internationaux en ligne !

Au quotidien, les syndicats sont appuyés par de nouveaux acteurs de la vie de bureau qui apportent leur expertise dans de nombreux domaines : amélioration de la relation employeur / employé, vie du collectif, nouveaux services, enquêtes et sondages pour mieux connaître les besoins des travailleurs, etc…

En 2050, les syndicats ont également un rôle majeur dans la gestion des carrières. Cela fait un moment qu’elles ne sont plus linéaires. Chacun goûte à différents métiers au cours de sa vie, et les reconversions font partie intégrante du parcours pro. Conséquence : passer toute sa carrière dans la même entreprise est devenu l’exception, pas la règle. 

Le syndicat devient alors une deuxième famille professionnelle, un collectif autogéré qui offre services (veille sectorielle, conseils juridiques, formations) et ressources dans un monde en perpétuelle évolution. Parfois, on rejoint un syndicat plutôt qu’une entreprise, et on candidate pour soutenir les autres membres. 

Les syndicats nouveaux ont-ils pris le rôle des départements de gestion de ressources humaines ? Pas tout à fait, car les entreprises travaillent aussi leur attractivité en interne. Les Chief Happiness Officers les sollicitent souvent pour travailler sur les conditions de travail au sein de l’entreprise – une collaboration fructueuse qui engendre parfois des tensions (comme par le passé, et oui…).

Les syndicats n’ont jamais été indifférents à ce qui se passe hors de l’entreprise, mais certains se sont créés pour défendre des causes spécifiques (et universelles) comme la lutte contre le changement climatique et la fin des discriminations.

Enfin, l’émergence du Web 3.0 a bouleversé les statuts des travailleurs : certains ne sont connus que sous pseudonymes, et les salaires sont négociés en temps réel par algorithmes interposés. Les syndicats ont œuvré avec succès pour une reconnaissance du statut de travailleur indépendant international. 

En 2050, les syndicats sont devenus des DAO (Decentralized Autonomous Network) presque comme les autres, mais sans perdre de vue le lien humain. Les modalités d’action ont bien changé, et un syndicaliste de 1901 serait étonné de voir autant d’écrans, mais il reconnaîtrait bien son objectif :  défendre les droits des travailleurs, pour le bien de tous. 

Le dico de l’engagement

Pour briller en soirée et au bureau de A à Z !

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– L’avis chiffré des salariés ;
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