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La semaine de 4 jours : une perte de temps ?  

9 min

Travailler moins, mieux et trouver un meilleur équilibre. C’est l’ambition que se donnent les partisans de la semaine de 4 jours ou de celle de 20h. La belle idée que voilà. Si le concept est déjà en test dans de nombreux pays, presque acté dans certains, la France n’est pas la meilleure élève de ce qui semble être un progrès dans notre rapport au travail. 

Et pour cause, le sujet divise politiquement et au sein de la population, les bénéfices mis en avant peinent à convaincre et la mise en place semble compliquée, tant d’un point de vue culturel qu’organisationnel. 

La semaine de 4 jours est-elle un projet trop ambitieux pour la France ? Réponse dans cet article.

Un sujet politique qui ne date pas d’hier 

Le temps de travail est un sujet dont les politiques s’emparent régulièrement et qui embrasent les foules. La raison ? Selon Céline Marty : “On n’a pas tellement peur d’une société de l’oisiveté où plus personne ne ferait rien, mais on a peur d’une société où on ne contrôlerait pas ce que les gens font de leur temps. Imposer des rythmes de travail revient à contrôler les journées. Toute l’histoire du travail est une histoire de contrôle social.” (Extrait de son livre : “Travailler moins pour vivre mieux”). 

Que l’on valide ou non cette affirmation, nous sommes obligés de reconnaître que c’est un sujet qui revient souvent sur la table et ne date pas d’hier. Il existait déjà sous Nixon outre Atlantique et a fait son chemin jusque dans l’hexagone ensuite. 

Dans les années 90, la loi Robien permettait aux entreprises de réduire le temps de travail en contrepartie d’une embauche d’au moins 10% de salariés en CDI. En échange, elles bénéficiaient d’un allègement des cotisations patronales de sécurité sociale. Puis l’arrivée des 35 heures, que nous connaissons, a rendu caduque la loi Robien et attisé le débat sur les bénéfices de la réduction du temps de travail. 

Bénéfices, qui n’ont pas échappés à nos voisins européens, puisqu’ils ont décidé de sauter le pas. L’Islande, l’Espagne et maintenant la Belgique ont lancé des tests grandeur nature auprès de milliers de salariés et transformé l’essai par des résultats concluants. Le Royaume-Uni étudie à son tour la question. 

“En Islande, quatre ans après, l’expérience a largement porté ses fruits : les chercheurs qui ont dirigé l’étude rapportent un taux accru de productivité et de bien-être pour la plupart des salariés qui y ont pris part. Cet essai aurait même eu des effets bénéfiques sur le reste de la population.” 

En France, selon une étude réalisée en 2019 par ADP, 60% des Français se déclarent favorables à la semaine de 4 jours. Et ça c’était avant la crise. À l’heure de la grande démission, il semble difficile de ne pas s’emparer du sujet. Tant pour l’épanouissement des salariés que pour l’écologie et même… la productivité. Ça tombe bien, c’est la suite de notre article. 

Santé mentale, productivité et écologie : le trio gagnant de la semaine de 4 jours

Considérations économiques et politiques mises à part, creusons désormais pour comprendre pourquoi faire 5 jours en 4, ou réduire son temps de travail, est non seulement bénéfique pour le salarié, l’entreprise mais aussi l’écologie. 

Santé mentale 

La bonne dose de travail 

Des chercheurs de l’université de Cambridge et Salford ont réalisé une étude auprès de 70 000 personnes pour déterminer quel était le bon dosage entre temps de travail et bien-être. 

Et le constat est sans appel : l’étude montre que lorsqu’une personne passe d’une période de chômage ou d’un congé parental au bureau, les risques de problèmes liés à la santé mentale diminuent en moyenne de 30%. En revanche, l’étude montre que la dose de travail nécessaire pour se sentir bien est de 8 heures par semaine (ou une journée par semaine). Et il n’a d’ailleurs pas été prouvé que travailler plus rendait plus heureux. Le travail c’est bon pour la santé, comme disait l’autre, mais pas trop. 

Selon le sociologue Senhu Wang, co-auteur de l’étude de Cambridge : “Le modèle traditionnel selon lequel chacun travaille 40 heures par semaine, n’a jamais été basé sur la quantité de travail bénéfique à un individu. Nos recherches suggèrent que les “micro-jobs” (emplois à heures très réduites) apportent le même bénéfice psychologique que les emplois à plein temps.” “Cependant la qualité du travail sera toujours cruciale. Les emplois où les employés ne sont pas respectés ou sujet à de la précarité, n’apportent pas les mêmes bénéfices de bien-être.”

L’équilibre vie pro vie perso 

Que ferions-nous de ce jour libre ? Si les clichés ont la dent dure concernant l’oisiveté des français, la réalité est toute autre puisque les français se serviraient de cette journée pour se consacrer à un projet, apporter leur soutien comme aidant à un proche ou tout simplement s’occuper des enfants, des tâches ménagères et de l’administratif. 

Une journée qui permettrait donc de prendre le temps de se délester d’une “to do” pas toujours réjouissante et de profiter des deux jours restants pour réellement se ressourcer. 

La productivité 

Une baisse de la productivité ? Que neni ! 

Tout d’abord, il faut savoir qu’en France, nous sommes déjà très productifs. Selon une étude Eurostat menée par l’OCDE : “Les travailleurs français font partie des plus productifs d’Europe, près de quinze points au-dessus de la moyenne européenne (114,8 contre 100 pour les Vingt-Huit)” – Pour en savoir plus, je vous recommande l’article du journal Le Monde sur le sujet. 

Ensuite, si l’on part du principe que tous les rendez-vous médicaux et administratifs que l’on place inconfortablement entre les heures de bureau, sur la pause déj’, tôt le matin ou le soir seraient concentrés sur une journée, tout comme le reste de la “to do” hebdomadaire, nous serions alors délestés de toute la charge mentale liée aux contraintes personnelles et pourrions nous concentrer uniquement sur notre travail, lorsqu’on est au travail. Pas mal, non ?  

Ecologie 

Travailler moins d’heures, c’est aussi réduire les coûts écologiques liés au travail et notamment aux trajets domicile-travail. Selon l’ADEME : “la part des transports atteint plus d’un quart des émissions de gaz à effet de serre en France”. CQFD. 

Selon le Financial Times et l’auteur britannique Simon Kuper : “Réduire le temps de travail serait l’un des changements majeurs qui contribueraient à sauver la planète”. Il affirme que : “la semaine de quatre jours permettrait de réduire le temps passé dans les transports et le montant des salaires. Cette baisse de revenus serait nécessaire pour limiter la consommation de biens manufacturés. Pour compenser, il faudrait inciter les gens à opter pour des loisirs générant peu d’émissions de gaz à effet de serre –et qui les rendraient plus heureux qu’une visite au centre commercial voisin le samedi après-midi.”

Tout un programme, donc. 

Si vous êtes arrivés jusqu’ici, vous commencez à voir l’intérêt de faire 5 jours en 4 ou de réduire le temps de travail. Si d’une structure à l’autre les pré-requis ne sont pas les mêmes, nous vous livrons tout de même quelques pistes pour anticiper ce changement de direction. 

Comment faire ? 

Des salariés plus épanouis, tout aussi (voire plus) productifs et un beau geste pour la planète, sur le papier, c’est intéressant me direz-vous. Mais dans la réalité, comment faire ? 

Nous avons recensé 3 idées pour mettre en place la semaine de 4 jours (ou celle de 20h, ou autre, à vous de voir !). 

Avoir des salariés polyvalents. 

S’ils travaillent 4 jours sur 5, cela ne doit pas empêcher l’entreprise de fonctionner, elle, 5 jours sur 5 ou plus selon votre secteur d’activité. Pour pallier à l’absence d’un salarié, une solution : des salariés polyvalents. Une compétence en cachant une autre, l’absence d’un salarié ne freine jamais l’activité. 

L’entreprise Yprema fait 35 heures en 4 jours et ce, depuis 25 ans. “À l’époque c’était quelque chose de nouveau, mais on avait bien creusé le sujet en amont pour déterminer tous les aménagements que cela supposait. Ça nous a obligé à organiser nos plannings de fonctionnement puisque chaque jour nous avons des salariés absents qui sont à repos à tour de rôle. Car l’entreprise, elle, continue de fonctionner cinq jours. Ça a nécessité de mettre en place un système de binôme pour qu’il y ait toujours quelqu’un en mesure d’assurer la continuité d’un service ou d’un poste. Et ça fonctionne depuis 25 ans !”. Susana Mendes, Secrétaire Générale.

Des journées optimisées ou automatisées… 

Il y a deux écoles : réduire le temps de travail (faire 20h au lieu de 35h, par exemple) et ré-aménager le temps de travail (libérer une journée et faire 5 jours en 4). 

Dans le premier cas (la réduction du temps de travail), l’entreprise cherchera à remplacer ces heures inoccupées pour que la croissance perdure. Elle embauchera plus de salariés (c’était l’objectif de la Loi Robien), ou elle automatisera certaines tâches. 

Dans le second cas (aménagement du temps de travail), l’efficacité sera la clé. il s’agira d’optimiser les journées, avec par exemple, des réunions moins récurrentes, moins longues, bref… optimisées. 

De l’organisation 

Evidemment, cela demande un peu d’organisation. Par exemple, chez Welcome To The Jungle, les salariés peuvent choisir de ne pas travailler le mercredi ou le vendredi. Même s’ils l’annoncent en amont, les échanges doivent être anticipés et les échéances aussi. Rien qu’un bon planning excel ne saurait résoudre.

À ne pas oublier : garder du temps pour la cohésion d’équipe. 

Ce n’est pas incompatible, au contraire ! Organiser une pause-déjeuner tous les mardis, un café virtuel tous les lundis, prendre 10 minutes pour se raconter son weekend en début de réunion hebdomadaire, créer un groupe d’échange pour poster un GIF sympa sur son humeur du moment, garder des moments pour les célébrations ou la reconnaissance. Tant de choses qui contribuent à l’engagement des salariés (voir notre baromètre de l’engagement 2022). 

La place du travail dans nos vies

Depuis quelques années déjà, la place du travail est reconsidérée. Rappelons-le, 60% des Français se déclarent favorables à la semaine de 4 jours. Un chiffre “d’avant-crise”. Cette même crise qui a servi d’accélérateur tant aux salariés qui ont revu leur priorités qu’aux dirigeants qui ont remis en question leur modèle initial.  

Aujourd’hui les salariés aspirent à plus d’équilibre. Que ce soit un alignement entre le poste et le savoir-faire, entre les valeurs de l’entreprise et les leurs, ou encore entre le temps passé à travailler et le temps passé… à faire autre chose. 

Si le coût de la mise en place d’un système comme la semaine de 4 jours est évidemment à prendre en compte et ce, d’un point de vue macro et micro-économique, qu’en est-il du coût d’un salarié désengagé ? 

On ne vous laisse pas là-dessus, on a la réponse : le désengagement au travail coûterait environ 15 000 euros par an et par salarié en moyenne selon l’indice de bien-être au travail

À bon entendeur… 

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