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Les Organisations Autonomes Décentralisées (DAO), vitrine de l’entreprise 3.0 ?

5 min

L’émergence d’Internet a déjà profondément bouleversé nos manières de travailler. Les outils numériques ont notamment permis de faciliter la production et le pilotage de projets numériques (mode agile, sprint, squads, etc.). Petit à petit, ces modes d’organisations décentralisées ont infusé les entreprises. 

Et si l’étape d’après se situait du côté des DAO (organisations autonomes décentralisées) issue du prometteur web3 ? Concrètement, une DAO est une organisation décentralisée numérique reposant sur la blockchain. En deux mots, cette technologie née en 2008 permet à ses utilisateurs – connectés en réseau – de partager des données sans intermédiaire. 

Directement liée à la blockchain, une DAO n’est pas dirigée par un PDG ou un conseil d’administration, mais par des outils numériques. Ces derniers définissent ses opérations, aussi appelées smart contracts (c’est-à-dire des programmes informatiques irrévocables, le plus souvent déployés sur une blockchain, qui exécutent un ensemble d’instructions prédéfinies).

Par définition plus horizontales, les DAO inspirent déjà certaines organisations du travail. Elles sont considérées comme un moyen de responsabiliser et d’engager les collaborateurs au sein d’une structure. Dit autrement : les DAO pourraient être une solution venue du futur (disponible dès aujourd’hui) pour une problématique RH très actuelle. Et pourquoi pas devenir mainstream ? 

Mais aux grands espoirs, les grands débats. Tantôt enthousiastes, tantôt inquiets, les chercheurs mettent en avant les atouts et les risques d’une telle révolution du monde du travail. Nous sommes allés lire pour vous ces études triées sur le volet. Voici ce que nous avons trouvé. 

Les DAO, un futur du travail enthousiasmant 

Commençons par le positif. La chercheuse Alexandra Sims, dans son étude publiée en 2019, estime que “les DAO représentent une refonte radicale de la façon dont les organisations, telles que les entreprises, peuvent être structurées et gérées, y compris les changements de propriété, de gouvernance, de prise de décision et de répartition des bénéfices”. 

Aux États-Unis, certains ont déjà pris le train en marche. Le 11 juin 2018, dOrg a été la 1ère DAO ayant réussi à obtenir le statut et les protections légales accordées aux sociétés de type SARL, alors que sa structure est une coopérative basée sur la technologie blockchain et l’auto-exécution des smart contracts. 

Et côté salariés, l’enthousiasme est partagé ? 

La généralisation des DAO est-elle une utopie ? 

La DAO n’est pas une entreprise comme les autres. Plus précisément, une DAO fonctionne avec un groupe de personnes qui s’unissent sur un mode de coopérative, sans hiérarchie ni centralisation des décisions, et dont la gestion collective s’exécute selon un mécanisme de votes consensuels. Ces personnes s’auto-supervisent par des règles numériques votées et enregistrées par la blockchain publique, c’est-à-dire des smart contracts qui s’exécutent en fonction des votes acquis ou réfutant le projet.

Pour le chercheur, Andrej-Ilievski, qui signe une étude publiée en 2020, cette utilisation de la blockchain dans le monde de l’entreprise rouvre “l’utopie organisation du travail sans hiérarchie”. Ce qui permettrait de renforcer l’engagement et la responsabilisation des collaborateurs. On pourrait par exemple aussi imaginer des mesures financières incitatives en token ou en NFT en guise de prime web3. 

Néanmoins, le chercheur, prudent, alerte sur “les nombreuses questions que cela soulève :  responsabilité, paiement des impôts, compétence”. Autre point de prudence selon lui : le risque que les géants prennent le contrôle de ces nouveaux univers numériques. Enfin, les relations sociales distanciées sont un aspect qui sera un inconvénient important pour les DAO dans le futur du monde du travail.

Mais, rassurez-vous, les avocats se penchent déjà sur la question… 

Quelle est la réponse aux risques issus des DAO ? 

D’abord, le constat. Il existe un risque majeur : une sécurité pas assez robuste. 

Sur le premier volet, un exemple est représentatif de ces vulnérabilités. « The DAO », une entreprise programmée par Slock.it était conçue comme un fonds d’investissement décentralisé, permettant à chaque membre de participer à la gouvernance de l’entreprise en fonction de son niveau d’investissement. Son mécanisme de gouvernance permettait aux membres composant la minorité de ses membres de retirer à tout moment leur investissement lorsqu’une décision en leur défaveur était prise par la majorité des membres.

Or, le smart contract ne permettait pas de vérifier le solde de l’investissement avant son retrait. En d’autres termes, il était possible, pour le même utilisateur, de retirer 20 fois le montant de son investissement. Tirant profit de cette vulnérabilité, un pirate a alors dérobé 50 millions de dollars aux investisseurs de « The DAO ». Oups.

Alors, comment faire face à ces risques ? Voici les recommandations des juristes du cabinet Haas :

  • Identifier avec précision les droits accordés à chacun des membres de la DAO en fonction des différents tokens qu’ils sont susceptibles d’acquérir ;
  • Repérer les risques liés à la requalification de la DAO en société ou en société créée de fait, laquelle pourra donner lieu à l’application d’un régime d’imposition spécifique. Puis, le cas échéant, évaluer l’opportunité de créer une société en sus de la DAO ;
  • Identifier les risques en matière de cybersécurité qui seraient dus à une vulnérabilité du smart contract ;
  • Enfin, tout doit être consigné dans un whitepaper.

Les freins à la généralisation des DAO comme une forme d’entreprise mainstream sont encore nombreux en raison de failles évidentes de cybersécurité. Mais au-delà de l’aspect technique, l’obstacle majeur reste que la blockchain est encore une technologie de niche. Elle reste difficile d’accès pour le grand public… 

Autre difficulté : a priori aujourd’hui, le volume d’entreprises concernées est plutôt faible. Il s’agirait surtout de secteurs encore plus niche tels que la crypto finance, le gaming, la tech, etc. On imagine donc mal les 321.000 collaborateurs du groupe Carrefour basculer sur un mode décentralisé. Dernier frein et pas des moindres : l’équipement pour accéder au web3 et au(x) métavers dans lesquels pourraient être expérimentées ces DAO ne sont pas légères en termes d’équipements (par ex : casques VR). 

Est-ce que ce ne serait finalement pas une simple utopie ? 

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