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L’email a-t-il encore un avenir ?

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Alors qu’aucune génération n’avait jusqu’ici réellement inquiété l’indéboulonnable mail, voilà que le télétravail et les messageries instantanées rebattent les cartes. Au point que beaucoup prédisent la disparition prochaine du bon vieux courrier électronique. 

Il était là bien avant le smartphone, bien avant Microsoft, OS et les autres systèmes d’exploitation, bien avant même internet tel que nous le connaissons aujourd’hui. L’email, aussi chronophage qu’indispensable, fait partie de ces grandes innovations qui marquent leur temps. Cela fait 50 ans qu’il arrive à flux tendu et nous fait passer d’un sujet à un autre en ruinant parfois notre concentration. Preuve en est : le temps que les cadres consacrent à l’email en moyenne par jour est estimé à 5,6 heures. Ce fléau ne date pas d’hier, mais il s’amplifie. Il y a 10 ans, on estimait déjà à 2,6 heures le temps passé par les salariés sur leurs boîtes mail. 

Bien sûr, les prophéties annonçant la fin de son règne se sont succédé, mais sans jamais se réaliser. Depuis l’installation dans la durée du télétravail et l’adoption massive des messageries instantanées professionnelles cependant, l’email semble cette fois bel et bien menacé. Au point de disparaître ? 

Un usage encore massif

En 2021, plus de la moitié de la population mondiale s’envoie des mails. Et la tendance est à la hausse : 319,6 milliards d’e-mails ont été envoyés dans le monde la même année, soit une croissance de 4,3 % par rapport à l’année précédente. La clé du succès de cet ancêtre du numérique : sa dimension “sans friction”. Avec lui, fini les coups de fils intempestifs, fini le fax qui tourne dans le vide faute de bourrage papier, fini les intrusions inopinées en pleine pause déjeuner. En offrant une solution de courrier instantané au monde entier, l’email s’est rendu aussi incontournable qu’un téléphone

S’il survit aussi bien aujourd’hui, c’est également parce que son usage s’adapte à notre époque :

  •  75% des utilisateurs d’e-mails aux États-Unis consultent leurs courriels depuis leur smartphone, contre 29% depuis un ordinateur. Et le chiffre monte à 81% pour les 18-24 ans. 
  • L’email est par ailleurs devenu le premier canal relationnel entre les consommateurs et les marques : 83% des consommateurs préfèrent que les entreprises les contactent par courrier électronique.

Burn-out numérique

Alors que l’email poursuit sa croissance, beaucoup le jugent aujourd’hui trop chronophage – ou pire : ringard. C’est notamment le cas du chercheur américain Cal Newport, qui dénonce la surcharge informationnelle et communicationnelle liée au mail, et raconte comment une révolution numérique s’est transformée en un vecteur de frustration et de fatigue professionnelle. À tel point que certains parlent d’une « tyrannie de la boîte de réception » pour évoquer ce sentiment de culpabilité ressenti lorsqu’il n’est pas possible de répondre rapidement. Une absurdité, quand on sait que le nombre de mails non lus dans nos boîtes est en moyenne de 199. 

Cette possibilité de se connecter n’importe quand, n’importe où et via n’importe quel support (Atawad) devient un mantra anxiogène pour certains managers. . Au risque de faire de l’email un outil de contrôle, prêt à nous précipiter vers le burn-out numérique

L’ascension des nouvelles messageries 

Mais le vent tourne. Le passage des entreprises – en un temps extrêmement court – à d’autres formes de communication numériques amorce un temps nouveau. En témoigne un sondage mené en 2021 dans six pays auprès de 3 000 collaborateurs d’entreprises, par la plateforme collaborative Slack. Pour la moitié d’entre eux, une autre forme de communication numérique remplacera totalement le courrier électronique au cours des trois prochaines années. Et chez les directeurs de services informatiques (les fameux DSI), la proportion de ceux qui s’apprêtent à enterrer l’e-mail monte même à 60%. Un DSI sur dix va même jusqu’à dire que l’e-mail est déjà mort, ayant laissé sa place aux outils collaboratifs. 

Du côté des utilisateurs, ces nouvelles messageries sont aussi perçues comme très vertueuses, et, même si elles permettent une instantanéité encore plus prononcée, seraient moins chronophages pour ceux qui les utilisent. Toujours selon cette même étude, les utilisateurs du service gagneraient 90 minutes par jour par rapport à l’utilisation des e-mails, soit une journée de travail par semaine. Sans surprise, un tiers des utilisateurs de Slack ou de Microsoft Teams préféreraient se passer des mails plutôt que des messageries professionnelles. 

Un mouvement accéléré par le travail à distance ? Sans aucun doute. Car l’email reste fortement associé au bureau et assez peu aux modes de travail hybrides qui prennent forment dans l’entreprise. Nous passons à des modes de communication plus ouverts, plus participatifs, plus horizontaux, auxquelles les nouvelles messageries répondent davantage. Sans parler de leurs fonctionnalités qui évoluent au gré des usages. Reste à savoir si l’email pourra encore résister longtemps. Ou si sa dimension “standardisé” ne le met pas à l’abri de toutes les menaces. 

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