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Inégalités salariales. Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ?

Solène Cornec

Durée de lecture : 8 min
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Inégalités salariales. Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ?

Les inégalités salariales entre les femmes et les hommes se réduisent d’année en année. Et ça, c’est une excellente nouvelle. Nous pouvons remercier la 3ème révolution féministe des années 70′ qui est passée par là, puisqu’elle a donné naissance en 1972 à la loi sur l’obligation d’égalités salariales. 

Ceci dit, il ne faut pas relâcher nos efforts. En 2019, la différence de salaire entre les femmes et les hommes s’élève toujours à 25,7 % en faveur des hommes. 

Comment est-ce possible ? 

Nous nous sommes retroussé les manches et nous avons décortiqué les chiffres des inégalités de salaire entre les hommes et les femmes. Une exploration en profondeur afin d’expliquer pourquoi les écarts de salaire sont plus faibles qu’il n’y paraît, mais les inégalités bien présentes. 

Et pour que les choses bougent, une chose est sûre : ce n’est pas un sprint, c’est un marathon.

Partie 1 – Exploration chiffrée

25 %, 16%, 10%, voilà les chiffres qui reviennent d’un article de presse à l’autre pour représenter les inégalités de salaire femme/homme. Mais qui dit vrai ? Tous. Et la donnée choisie dépend du sujet que le journaliste souhaite approfondir.

👉 Pour bien comprendre le découpage des écarts de salaire entre les femmes et les hommes, rien de mieux qu’un tableau.

Tableau extrait de l’Observatoire des inégalités, données 2012.

👀 Grille de lecture

📌 25,7% – Écart salarial, tous temps de travail confondus. 

Les femmes travaillent moins que les hommes (temps partiel, ⅘ ème, etc.) et, par conséquent, gagnent moins qu’eux. 

📌 16,3 % – Écart salarial, à temps de travail équivalent. 

25,7% – 9,4% (part de temps partiel) = 16,3%

Cet écart ne prend en compte que les temps complets. À temps de travail équivalent donc, une femme est moins payée qu’un homme. 

📌 12,8% – Écart salarial à temps de travail et métier équivalent. 

16,3%- 3,5% (part liée à l’inégale répartition des métiers) = 12,8%

Les hommes et les femmes ne se dirigent pas vers les mêmes métiers, et les femmes exercent des métiers moins rémunérés que les hommes (Infirmières versus Médecin par exemple). Ainsi, à métier équivalent, l’écart de rémunération se réduit à 12,8%. 

📌 10,5% – Écart salarial à métier équivalent prenant en compte les effets de structure. 

12,8% – 2,3% (effets de structures) = 10,5%

Les effets de structure relèvent de l’âge, du type d’entreprise et du secteur et s’élèvent à 2,3%. Cela signifie qu’à temps de travail, métiers et effets de structures équivalents, les femmes sont toujours moins payées que les hommes à hauteur de 10,5%. 

“À métier et temps de travail équivalents, l’écart de salaire est de 10,5%. C’est la part inexpliquée de l’écart salarial” 

📌 Qu’en est-il de cette part non expliquée de 10,5% ? 

Selon le site de référence Inégalités.fr, cet écart est “ce que l’on n’arrive pas à expliquer. Pour partie, il résulte de discriminations et d’autres facteurs non mesurés”. 

Les “autres facteurs non mesurés” comprennent la nature des personnes concernées (timidité, confiance en soi, ambition, capacité à négocier etc.) ou encore sont l’objet de nombreux biais statistiques puisqu’à titre d’exemple, “seulement” 76 groupes de métiers sont pris en considération. 

💡 ”Aux États-Unis, les professeurs d’économie Leibbrant et List rapportent dans une étude que les jeunes hommes sont d’une part 4 fois plus prompts à négocier leur premier salaire que les femmes. Et d’autre part que les femmes sont 9 fois moins enclines à négocier une augmentation.”

Les chiffres des inégalités salariales n’ont plus de secret pour vous. À présent, intéressons-nous aux différents facteurs inhérents aux choix de vie des femmes. 

Partie 2 – Les inégalités salariales, une histoire de choix ?

Au risque de vous plomber le moral, les inégalités salariales sont bel et bien le résultat d’une organisation sociétale pénalisant économiquement les femmes et de stéréotypes de genre ancrés dans les mœurs. Dans les lignes suivantes, nous soulevons les facteurs entraînant ces inégalités. 

“33 % des femmes choisissent de se mettre à temps partiel lors de la naissance d’un enfant ou peu après.”

🐥 La maternité et le congé maternité

Pour toutes celles qui choisissent de garder une activité à temps plein, la maternité devient un frein dans leur évolution. L’écart salarial se creuse au fur et à mesure qu’elles gravissent les échelons (de 8,5% chez les employés à 20% chez les cadres). La carrière des femmes, freinée par la maternité, progresse moins vite. 

D’autre part, 33 % des femmes choisissent de se mettre à temps partiel lors de la naissance d’un enfant. Une question de choix ? Pas vraiment. 

Qui dit congé maternité dit gestion de la vie du foyer et de l’éducation des enfants, du moins pour un temps donné. Mais lorsqu’une organisation est rodée, pourquoi la changer ? La femme “choisira” de réduire son temps de travail au profit de l’enseignement des tables de multiplication ou du plein de courses hebdomadaire.

💡Une étude de l’Insee démontre qu’en moyenne une femme passe 4,38 heures par jour à s’occuper des tâches domestiques et des enfants. Deux fois plus qu’un homme, puisque ce dernier y consacre en moyenne 2,26 heures. #nettoyerbalayerastiquer

⚖️ Des secteurs et des métiers moins rémunérateurs 

Infirmières ou institutrices mais surtout pas ingénieure ! Pourtant, selon un article du Monde : Parmi les jeunes générations, les femmes sont plus éduquées : 31,3 % des femmes de 25 ans à 34 ans ont un diplôme supérieur à bac +3, contre seulement 26,4 % des hommes…”. 

Si les femmes font plus d’études que les hommes, on les retrouve en majorité dans des filières littéraires tandis que ces messieurs choisiront les carrières scientifiques. 

De même pour les secteurs d’activité, cette étude observe que les filles s’orientent plutôt vers le médical et le paramédical (19 %), le luxe, les médias (10 %) et les garçons vers le numérique et les nouvelles technologies (15 %), l’aéronautique et le spatial (14 %), la robotique (9 %) ou encore l’automobile (8 %).

📚 L’éducation au service des inégalités 

Et si nos choix de carrière résultaient d’une longue traversée en terre stéréotypée ? Depuis notre plus tendre enfance, la répétition parfaite du rôle social attribué à chacun range les garçons dans la case “fort, ambitieux et pilier économique du foyer” et les filles dans la case “discrète, sensible et mère”. 

Lorsqu’il s’agit de formatage, l’illustration la plus flagrante reste le choix des jouets : une poupée pour la fille, des jeux de construction pour le garçon. Et 20 ans plus tard, ils deviennent respectivement infirmière et ingénieur. Coïncidence ? Je ne le pense pas. 

Le choix des jouets, même s’il n’est pas la seule cause des stéréotypes de genre, reste significatif tant par sa symbolique et les valeurs qu’il transmet que par les capacités qu’il permet de développer. 

🙅‍♂️ La discrimination

Last but not least : la discrimination étroitement liée aux stéréotypes de genre, a la dent dure. 

Selon une étude de l’Ifop, la part des femmes entre 25 et 34 ans à qui on a demandé si elles comptaient avoir un enfant lors d’un entretien d’embauche s’élève à 34% (info alerte : c’est interdit !). 

D’autre part, selon une étude de la Fondation des Femmes, “à compétences et qualifications égales, une femme qui postule à un emploi considéré comme typiquement masculin, comme mécanicien automobile, a 22% de chances en moins qu’un homme de se voir proposer un entretien d’embauche”. Discri-quoi

✊ L’émancipation économique des femmes est récente

Il n’est pas si loin le temps ou les femmes brûlaient leur soutien-gorge en signe d’émancipation ! Ne l’oublions pas, le droit de vote (1944), l’IVG (1975) ou encore la possibilité de travailler et d’ouvrir un compte bancaire sans l’autorisation de son mari (1965) ont moins de 100 ans. La dynamique positive des dernières années, n’efface pas l’inertie des siècles précédents.

Si nous avons l’impression de vivre dans un monde où les femmes sont libres, c’est un héritage récent et fragile et comme disait Simone de Beauvoir : “N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant”.

Changeons les choses !

Vous l’aurez compris, le salaire n’est in fine que le reflet d’un déséquilibre plus profond, ancré, enraciné mais pas immuable. Les angles d’attaque sont sociétaux et multiples. L’objectif ? Une meilleure répartition des richesses. 

Au programme ? Rééquilibrer le nombre d’hommes et de femmes dans tous les secteurs et les métiers. Mieux répartir la gestion du foyer et l’éducation des enfants. Bouleverser dès l’enfance les stéréotypes de genre qui biaisent les règles du jeu. Des actions clés pour assurer l’épanouissement de tous.

Aujourd’hui, est-ce le rôle de l’entreprise de faire bouger les choses ? La réponse est oui, en partie. Elle a entre ses mains des leviers immédiats et concrets : congé second parent, grille des salaires transparente, solution de garde d’enfant à proximité des bureaux, etc. 

Pour le reste, c’est une affaire de société. C’est l’unité face à une véritable volonté de changement, d’équité et d’égalité qui fera la différence. 

Enfin, comme dirait l’autre, “on en reparlera quand il faudra porter quelque chose de lourd” ! Si vous n’avez pas la réf’, c’est par ici 👇🏻

  • Partie 1 - Exploration chiffrée
  • Partie 2 - Les inégalités salariales, une histoire de choix ?
  • Changeons les choses !

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