Équilibre vie pro vie perso : et si on parlait d’harmonie ? L’interview de Pierre-Etienne Bidon

Solène Cornec

L’équilibre vie pro, vie perso est LE grand sujet du télétravail. Mais une question nous taraude : si le télétravail accélère cette “domestication” du travail, ce phénomène est-il nouveau ? Et surtout, quels impacts ce mélange des sphères a-t-il sur nos vies ? 

Comment se définit un bon équilibre vie pro-vie perso ? Est-ce que cela existe ?

P-E.B. – Nous devrions éviter le terme d’équilibre. On illustre très souvent l’équilibre par une balance, qui penche tantôt d’un côté, tantôt de l’autre, au risque de créer un déséquilibre constant. Personne n’a envie de vivre comme ça. Je préfère parler d’harmonie entre la sphère personnelle et la sphère professionnelle.

Siloter les deux sphères est une erreur, nos vies sont imbriquées qu’on le veuille ou non. C’est impossible de dissocier l’une de l’autre. Au lieu de vouloir siloter, il faudrait que l’on valorise la richesse qu’une sphère apporte à l’autre. Par exemple, personnellement, je pratique différents sports comme la course à pied qui va favoriser l’endurance et la persévérance, et le parapente qui va amplifier ma capacité à prendre des décisions rapidement dans un univers incertain. Ce sont des compétences qui vont me servir aussi dans ma vie pro. 

Pour que cela soit possible, il est légitime de penser que seuls les passionnés ou les salariés très investis peuvent y arriver. Mais au-delà d’aimer son travail, c’est “aimer qui l’on est dans son travail et aimer qui l’on est à la maison”. Un concept qui nous vient tout droit de l’américain Simon Sinek. 

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Quels sont les effets de l’imbrication des sphères professionnelles et personnelles ? 

P-E.B. – Prendre du plaisir en travaillant n’exclut pas les impacts négatifs. Consulter sa messagerie à 23 h peut sembler inoffensif – quand on aime, on ne compte pas – mais cela peut avoir toutefois des impacts qu’on ne maîtrise pas, comme la dépendance qui se crée avec notre téléphone mobile. 

C’est comme la première cigarette : elle paraît inoffensive, mais elle se transforme en un rien de temps en une vingtaine de cigarettes. C’est un réflexe pavlovien de se dire : mon téléphone vibre, je le regarde. Ce n’est pas conscient, mais c’est là et c’est souvent inutile.

Dans un cadre de télétravail forcé, un salarié sur deux est en état de détresse. On ne parle pas d’un coup de stress, mais bien de détresse, c’est un mot fort. C’est pour ça qu’il faut se concentrer sur comment transformer l’interaction du pro et du perso en un cercle vertueux

Il faut renverser le rapport entre performance et épanouissement. C’est par exemple le fait de faire du sport le matin qui nous rend heureux et nous booste pour la journée, ou d’avoir le sentiment d’œuvrer pour une cause en laquelle on croit, qui va alimenter l’humeur de notre soirée. C’est cela le cercle vertueux. 

Bien sûr, aller chercher ces moments d’épanouissement dans l’une ou l’autre des sphères n’est pas forcément évident. Et ce pour plusieurs raisons. 

D’une part, il faut réaliser que pour beaucoup d’actifs en France, le travail est purement “alimentaire”. Dans ce contexte, il ne permet pas ou peu l’épanouissement. D’autre part, nous vivons dans une époque où règne “l’effet Instagram”, faute de lui avoir trouvé un autre nom. C’est-à-dire cette injonction à être parfait et heureux en toute circonstance. C’est une pression qu’il faut absolument réussir à ôter de notre quotidien et de notre schéma de pensée. Enfin, la différence entre ce que l’on attend et ce que les choses sont réellement, est ce qui nous empêche d’être heureux. Et c’est très lié à l’effet Instagram.  

La réponse réside dans le fait d’aller chercher en soi ce qui nous équilibre d’un point de vue psychologique. 

Est-ce le rôle de l’entreprise de s’en préoccuper ?

P-E.B. – Si l’on parle beaucoup de bonheur au travail, le virage qu’il faudrait prendre est plutôt celui de la santé au travail. S’ils sont liés, ce n’est pas tout à fait la même chose et l’entreprise, qu’elle le veuille ou non, agit sur la santé de ses salariés. 

Par exemple, la compagnie aérienne américaine Delta Airlines qui a intégré dans ses équipes et même à son comité de direction un Chief of Health Officer. Même acronyme (CHO), mais le “health” vient remplacer le “happiness”. Le Chief of Health Officer s’occupe de la santé physique et mentale des salariés, et c’est là qu’on voit qu’il y a un changement de paradigme, on est en train de créer un nouveau standard : il faut penser maintenant le rôle de l’entreprise comme partie prenante dans la santé de ses collaborateurs. 

C’est alors que la notion du “comment” devient très importante. Comment faire pour porter une vraie attention authentique à la personne ? Comment lui montrer qu’elle n’est pas qu’une ligne de coût ou de profit dans un P&L” ? Eh bien, c’est une question de culture. Comment générer au sein de l’entreprise une culture saine, transparente, qui permette cet épanouissement ? Et où la notion d’harmonie entre vie pro et vie perso pourra vivre toute seule, sans que l’individu soit obligé de porter un masque ? Quoique, il est loin le temps où nous ne porterons plus de masques… !

La réponse que nous proposons chez moka.care, c’est de remettre la relation et la confidentialité au centre. Avec la création de “safe space” ou “espaces sûrs”. En d’autres termes, un espace de parole où l’on peut s’exprimer en toute liberté et avec la bonne personne. Chez moka.care, on ne met pas de “note” de bien-être psychologique, ce n’est pas une performance qu’on doit juger. Par contre, on vous accompagne à comprendre et extérioriser les ressentis qui vous impactent.

Quels conseils donneriez-vous aux managers et aux salariés pour améliorer leur équilibre vie pro / vie perso en télétravail ?

P-E.B. – Les enjeux sont multiples et doivent être envisagés sur le temps long. Mais en attendant, il y a quelques éléments qui peuvent être intéressants à prendre en compte. 

Côté salariés, pour commencer, on peut utiliser la “métaphore des cailloux” de Stephen Covey. Si vous ne la connaissez pas, voilà ce qu’il faut en retenir : il faut toujours mettre en priorité ce qui est important pour soi. C’est difficile, mais si on ne le fait pas, on traite juste le flux entrant d’information et on avance sans but, on s’oublie. 

Ensuite, il faut enlever cette injonction à la remise en question permanente et au jugement d’une situation en bien ou mal. Tous les jours ne seront pas des succès, il y aura toujours des bons ou mauvais jours. Parfois il ne faut rien y voir de plus qu’un mauvais jour. 

Enfin, et plus particulièrement dans le contexte du télétravail, pourquoi ne pas réutiliser le temps que l’on avait dans les transports pour ne pas travailler, mais faire quelque chose qui nous plait ? Lire, écrire, faire du sport, dormir même, tout est possible : ces 30, 40 ou 50 minutes supplémentaires nous appartiennent. 

Côté managers, l’important est de se recentrer sur l’humain – surtout à distance – grâce aux “small talks”. S’ils sont connus pour briser la glace, ils peuvent être utiles pour tout simplement prendre le temps de se parler. Faisons l’effort de ne pas chercher en permanence la productivité, tâchons d’inclure aussi des moments informels dans la discussion. 

Enfin, vous pouvez organiser et répartir votre temps en vous posant cette simple question : qu’ai-je envie de réaliser aujourd’hui ? Et se défaire par la même occasion d’une pression inutile en acceptant de ne pas pouvoir tout faire en une journée. S’il y a des trucs qui ne rentrent pas dans l’agenda, ils rentreront demain. 

Le mot de la fin ? 

P-E.B. – L’entreprise reste la principale intéressée quant à la santé de ses salariés et l’équilibre vie pro vie perso (ou l’harmonie !). Etle principal levier pour y arriver réside dans la relation de confiance que l’entreprise et le salarié nouent pour assurer un cadre de travail favorable à l’épanouissement en priorité, et à la performance en finalité. En inversant l’ordre des priorités, tout change.

Pour aller plus loin, consultez notre Livre Blanc « En entreprise et au-delà, l’impact du télétravail sur nos vies ».Je consulte le livre blanc


À propos

Pierre-Etienne est le co-fondateur avec Guillaume d’Ayguesvives de moka.care qu’ils ont tous les deux créé en janvier 2020, il y a donc un peu plus d’un an. 

Pierre-Etienne croit profondément que la santé mentale ne doit pas uniquement être vue comme une réponse à un problème, mais surtout comme une opportunité de mieux se connaître et de s’épanouir. 

C’est pour cela qu’il a créé moka.care avec une mission : permettre à chacun de prendre soin de son mental de façon simple et positive.