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Transparence des salaires : pourquoi c’est si tabou en France ?

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En France, parler salaire et argent est encore tabou. Pourtant, de plus en plus d’entreprises tentent de rendre les salaires de leurs collaborateurs plus transparents ou de mentionner la rémunération dans les offres d’emploi. Ceci dans un souci d’égalité. Malgré cet argument, toutes les entreprises ne sont pas encore convaincues par l’intérêt de ces initiatives. 

En Norvège, les fiches de paie sont disponibles sur demande. En Allemagne, les employés de certaines entreprises peuvent savoir sur quels critères leur salaire est fixé. En France, selon une étude de Talent.com, 55% des interrogés seraient à l’aise avec l’idée que l’on communique leur salaire à leurs collègues. Sommes-nous donc en train d’emprunter le chemin de la fin du tabou des salaires ?

Alors qu’à, à poste égal et temps de travail identique, une femme toucherait 5,3% de moins qu’un homme, la loi Pacte et les obligations fixées par l’index de l’égalité professionnelle tentent de combattre les inégalités salariales par plus de transparence. Pourtant, selon une étude Glassdoor, 62% des travailleurs en France n’ont ressenti aucun impact depuis la création de cet index. 

Supprimer la charge mentale du candidat

C’est notamment pour lutter contre les inégalités que l’entreprise Shine a choisi de mettre en place une grille de salaires par niveau et une grille de compétences. Celles-ci sont publiques et, pour être augmenté, il faut prouver avoir acquis les compétences du niveau supérieur. “Cela permet aux collaborateurs d’avoir une visibilité sur leurs perspectives de carrière, et donne aux managers un outil de dialogue concret avec les salariés”, explique Manu Wagner, People Partner en charge de la grille de rémunération.

L’entreprise a également décidé d’indiquer les grilles de salaires dans les offres d’emploi. “On s’est rendu compte pendant les recrutements que les femmes demandaient beaucoup moins que les hommes”, déplore-t-il. Présenter la grille – non négociable – dès le processus de recrutement “rend la question du salaire limpide et cela supprime une charge mentale pour le candidat qui ne se demande plus à quel moment parler salaire ou quelle prétention salariale avoir”. Une étude menée par HelloWork confirme que la mention du salaire est importante pour 87% des candidats interrogés. Le site d’emploi Indeed va d’ailleurs bientôt obliger les recruteurs à préciser le salaire dans leurs annonces.

Être attiré uniquement par le salaire

Convaincue par l’utilité de cette initiative, l’équipe d’Avizio, cabinet de conseil RH, a finalement déchanté. “Nous recherchions un consultant en recrutement. Il y a une semaine, nous avons donc expérimenté la mention du salaire – plus élevé que le marché – dans l’annonce”, explique Henri de Lorgeril, CEO d’Avizio. Résultat : 140 candidatures contre 15 habituellement, confirmant ainsi sa crainte : être attiré uniquement par le salaire. “Cela nous a pris énormément de temps pour filtrer tous ces CV et à la fin le nombre de candidatures intéressantes n’était finalement pas plus important”, déplore-t-il.

Afficher un salaire non négociable est difficilement envisageable car “avec nos clients, nous avons constaté qu’en cas de coup de cœur pour un candidat, l’entreprise sera ouverte à l’idée de lui proposer un salaire plus avantageux qu’indiqué”. Quant à la transparence des salaires en interne : “Nous considérons qu’il appartient au manager de faire avancer un salarié plus ou moins vite que la grille en fonction de ses compétences. Il doit ainsi être capable d’assumer et de justifier ce choix.” 

Avizio ne fait pas figure d’exception. Actuellement, dans l’hexagone, cette position demeure la règle, puisque, selon Glassdoor, seules 8% des entreprises françaises dévoilent en interne les échelles salariales ; bien moins que nos voisins allemands (12%) ou britanniques (15%)

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