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“Vélo, boulot, dodo” : vision utopique ou future réalité ? 

9 min

En France, 60% des déplacements domicile-travail de moins de 5 km sont effectués en voiture. Un chiffre révélateur d’une problématique grandissante en entreprise : comment rendre les trajets professionnels plus écoresponsables, notamment à l’heure où la crise écologique bat son plein ?

Aujourd’hui, pouvoirs publics et crises successives ont fait de l’écomobilité l’une des préoccupations clés des décideurs. Aussi appelée mobilité durable, l’écomobilité regroupe les activités visant à limiter l’impact environnemental des déplacements professionnels.

Si tout le monde (ou presque) s’accorde sur la nécessité de sa mise en place, appliquer l’écomobilité dans les règles s’avère plus complexe. Aussi bien à l’échelle des entreprises, qu’à celle des salariés et des collectivités.

I – Écomobilité et entreprises : un fossé entre préparation et exécution

Pas de doute, la mobilité durable prend un intérêt croissant dans les entreprises privées ; un constat appuyé par l’étude d’OpinionWay pour ecomob.club, où 53% des dirigeants interrogés la considèrent comme un enjeu important, avec plus de la moitié d’entre eux jugeant leur entreprise armée.

Dans les faits cependant, c’est une autre paire de manches : moins d’une entreprise française sur deux a initié une politique d’écomobilité à ce jour. Mais alors, qu’est-ce qui explique ce décalage entre intérêt pour le sujet et son exécution ? 

Parmi les principaux freins au passage à l’écomobilité, 4 facteurs reviennent sur la table : 

  • Le manque d’infrastructures existantes autour de l’entreprise : la pénurie de services liés aux transports collectifs, pistes cyclables, parking relais à proximité, bornes de vélos en libre-service etc. est un frein significatif pour la plupart des entreprises sondées.
  • La réticence des salariés à changer leurs habitudes serait un facteur handicapant pour 67% des dirigeants. Un chiffre à mettre en perspective avec le ressenti côté salariés (spoiler : on vous le dévoile quelques paragraphes plus bas). 
  • Le manque de structuration et de budget au sein de l’entreprise : de plus en plus d’entreprises souhaitent recourir à des aides financières afin de faciliter l’instauration de moyens de déplacement plus écologiques.
  • Le manque de connaissance de la réglementation et des solutions : si la plupart des entreprises sont sensibles à la mobilité durable, elles n’en sont pas pour autant des experts, surtout lorsqu’il s’agit de réglementations et des pistes d’actions. Mais bonne nouvelle si c’est votre cas : nous vous aidons à y voir plus clair !
L’essentiel sur la mobilité durable

Un guide (pas compliqué)
Pour réussir en tout simplicité la mise en place d’une solution qui plaît à tout le monde.
Rien que ça !

Bien que les freins cités plus haut concernent de nombreuses entreprises, certaines n’ont pas attendu pour instaurer des alternatives au transport polluant, parmi lesquelles :

  • L’abonnement professionnel à la SNCF (29%)
  • La voiture de fonction hybride (14%)
  • La pluri-mobilité via des abonnements en parking relais (14%)

La généralisation du télétravail est également un facteur écoresponsable non négligeable – d’autant plus qu’il offre aux salariés une meilleure flexibilité, et in fine une meilleure productivité.

Ce qui change avec le forfait mobilités durables.

Coup de pouce grâce au FMD ! Le forfait mobilités durables est un dispositif financier qui permet aux entreprises de prendre en charge les frais de transport professionnels des salariés, en privilégiant les mobilités « douces » ou « alternatives ». Entré en vigueur en 2020, ce dispositif est un véritable tremplin dans la prise de conscience et d’actions en faveur de l’écomobilité. Le FMD incite les salariés à varier leurs modes de transports via le remboursement d’abonnement de transports publics, l’accessibilité aux vélos en free floating, etc.

II – Côté salariés : des freins structurels difficiles à déjouer

Si la réticence des salariés à changer leurs habitudes est évoqué précédemment comme l’un des principaux freins des entreprises, qu’en est-il lorsqu’on pose la question aux principaux intéressés ? C’est un tout autre son de cloche qui se fait retentir ! Car, toujours selon l’étude d’OpinionWay, l’écomobilité serait au contraire jugée comme un sujet important – voire très important – pour 8 salariés français sur 10.

Mais là encore, tout n’est pas rose : alors qu’une majorité d’actifs français souhaite réduire l’impact de leur trajet domicile-travail, combien sont-ils à vraiment pouvoir passer à l’action ? 

Pour y répondre, nous avons réuni l’avis de plusieurs salariés de Swile résidant à Paris et sa banlieue, ainsi qu’à Montpellier.

4 limites sont fréquemment évoquées :

  • Les contraintes géographiques : parisiens et provinciaux ne sont pas logés à la même enseigne lorsqu’on parle de solutions de mobilité eco friendly. Aujourd’hui, la voiture reste le mode de transport privilégié par les salariés : environ sept employés sur dix se rendent au travail en voiture, dont la majorité résidant hors Paris. C’est le cas de Diana, habitant à Valergues (petit village proche de Montpellier), mal desservi par le réseau de transport en commun. Cette dernière met 45 min à se rendre sur son lieu de travail (bouchons compris) mais “serait prête à prendre les transports en commun, si le réseau de bus le permettait”.
  • Les contraintes personnelles : de nombreux impératifs personnels, tels qu’avoir un enfant à charge, des soucis de santé, un handicap particulier… viennent limiter le recours à des alternatives plus écologiques comme le vélo. C’est le cas de Mélanie, habitant en banlieue parisienne qui prend le RER et continue à pied. “C’est le moyen de transport le plus rapide”, qui lui permet “d’avoir le plus de contrôle sur le temps de trajet et une meilleure flexibilité” vis-à-vis de ses obligations personnelles.
  • Le manque d’infrastructures existantes : la pénurie de parc à vélos ou de trottinettes, de pistes cyclables, ou même d’un réseau de transport fiable dans les petites communes figurent parmi les freins déplorés, comme c’est le cas de Mathieu, qui se “rend au travail en métro et envisage l’usage de son vélo ou d’une trottinette électrique”. L’un des freins évoqués ? Le manque de parking ou de place dédié à cet effet, dans les rues parisiennes étroites que l’on connaît.  Donc la prochaine fois que vous croiserez ce collègue qui gare sa trottinette dans l’open space… ne lui en voulez pas trop ! 
  • Les conditions de trajet : Pratiquer le vélotaf, c’est bien…quand toutes les conditions sont réunies, c’est mieux. Durée, affluence, météo, confort… autant de paramètres qui influent sur notre trajet domicile-travail. Pour les salariés comme Mélanie, qui mettent 45 min pour se rendre au bureau, le vélo n’est pas une option – à moins d’y mettre 3h par jour et se risquer à pédaler sur la nationale.

En Ile-de-France, la durée moyenne des déplacements domicile-travail s’élève à 1h24 par jour (!) et est jugée désagréable pour 1 Francilien sur 2. En outre, près d’1 actif sur 2 serait prêt à diminuer son salaire afin de travailler à moins de 20 minutes de son domicile, preuve de l’importance des conditions du trajet aux yeux des salariés. 

On pourrait se laisser morfondre, mais les déplacements écoresponsables sont malgré tout en progression. Bien que la tendance du vélo-boulot-dodo ne soit pas pour demain, on observe une hausse généralisée des usages eco friendly : propulsé par la crise sanitaire et la démocratisation du télétravail, les déplacements effectués à vélo sont en hausse de 27% depuis la fin du 1er confinement.

Et le télétravail dans tout ça ? 

Difficile de faire mieux en termes de solution écolo ! L’un des aspects les plus plébiscités du télétravail est sans conteste la suppression du temps de trajet (à moins de vivre dans un manoir et d’avoir votre chambre à l’opposé de votre espace de travail…mais c’est un autre problème.).

Le travail à distance n’est cependant pas pour tous les métiers, ni pour tout le monde. C’est le cas de Mathieu, qui en apprécie “le côté pratique mais se trouve davantage stimulé au bureau et par ses collègues”, et de Mélanie qui dispose d’un confort non négligeable pour la garde de son enfant (5h d’économisées au total sur le temps de trajet par semaine).

III – Collectivités : un paysage de la mobilité en construction

Rome ne s’est pas construite en un jour et ça, les collectivités sont bien placées pour le savoir.

À travers leurs efforts, la transition vers une mobilité douce progresse doucement mais sûrement – des premiers Vélib, aux vélos à assistance électrique d’aujourd’hui. Le bémol ? Les limites territoriales de ces changements, qui peinent à remplacer les usages dépendants de la voiture. 

Parmi ces évolutions, on peut souligner :

  • La valorisation de la pratique du vélo et de la trottinette. L’incitation à la mobilité douce via les flottes de Vélib’ dans les métropoles et l’aménagement de pistes cyclables semble porter ses fruits. Dans le cadre de la loi d’Orientation des Mobilités (LOM), les communes bénéficient par ailleurs d’une aide logistique et financière pour des infrastructures dédiées aux modes de transport verts.
    Lorsqu’on regarde les chiffres cependant, la montée du vélo ne se fait ressentir qu’en milieu urbain, et serait même en baisse en zone périurbaine… Le Tour de France à l’échelle nationale, ça attendra.
  • Les réglementations « anti-pollution ». Afin de renforcer la sécurité des usagers et inciter le recours aux transports alternatifs, de multiples règlements limitant l’usage des véhicules individuels et polluants ont été introduits : réservation de certaines voies aux transports en commun ou deux roues, interdiction des véhicules diesel antérieurs à décembre 2000, prime à la conversion, bonus écologique à l’achat d’un véhicule électrique…qui rencontre toutefois un engouement mitigé.
  • L’encouragement de la marche à pied. Création de sentiers et de signalétiques dédiés, interdiction aux voitures dans certaines zones… Les marcheurs du dimanche peuvent s’en féliciter : à Paris, la marche est devenue le premier mode de mobilité (38% des déplacements en 2019) devant la voiture et les transports en commun. Mais, là encore, les marcheurs se concentrent davantage en ville qu’en zone rurale.
  • L’incitation à la conduite partagée : Portées par la Loi d’Orientation des Mobilités (et oui, encore elle !), les collectivités contribuent au développement des déplacements partagés (covoiturage, autopartage) et solidaires. La ville de Paris a notamment lancé le développement d’un service alternatif de mobilité pour les commerçants et artisans. 

Face au fossé structurel entre les grandes métropoles et les territoires, les inégalités liées à l’écomobilité persistent. 

Nous apercevons pourtant une lumière au bout du tunnel : porté par les politiques territoriales qui s’emparent de plus en plus du sujet, et rejointes par les entreprises, l’accès à la mobilité durable se met en marche (sans mauvais jeu de mot). Et si ce n’est pas encore votre cas… sachez que le virage de l’écomobilité est à portée de main.

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