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Êtes vous éco-anxieux ? Et si oui, que faire ?

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L’éco-anxiété est un mal récent et méconnu. Peut-être l’êtes vous, sans le savoir. Voici quelques avis de psy et témoignages pour vous aider à faire le point et à améliorer votre quotidien. C’est l’histoire de Camille l’écolo qui s’épanche sur le canapé d’un psy. Ses paroles sont pleines de rage, de peurs, de pleurs. Pourtant, en fin de séance, le thérapeute sourit et dit : « Ravi de voir que vous allez bien et que vous êtes aussi lucide sur l’absurdité de notre monde ! »

Éco-anxieux/se ? Les signes qui ne trompent pas

L’éco-anxiété n’est pas une invention de journalistes : c’est une véritable pathologie psychologique qui désigne un sentiment de désespoir face aux crises écologiques. Plus concrètement, on peut parler d’une forme de spirale de l’angoisse que les neuroscientifiques connaissent bien : l’inquiétude crée de la peur, qui nourrit l’inquiétude, et ainsi de suite…

L’éco-anxiété n’est pas une invention de journalistes : c’est une véritable pathologie psychologique qui désigne un sentiment de désespoir face aux crises écologiques.


Autrement dit, tout commence par une prise de conscience qui évolue en crise de confiance. Un cheminement magnifiquement résumé par les paroles de la chanson Retrograde, tirée de l’album Gigaton sorti par Pearl Jam en 2020 : « Sept mers s’élèvent pour toujours / Sentez le rétrograde tout autour, rond / Accélérez le changement / Se sentir égal et opposé tout de même / Momentum réarrangé ». Montée du niveau des mers, crise générale, sentiment d’urgence et d’injustice, évocation de l’effondrement (momentum). Tout y est.

No future


Imaginez que chaque matin, en écoutant la radio ou en consultant vos réseaux sociaux, les titres des articles alarmants vous confortent dans l’idée que tout empire et qu’il n’y a plus d’avenir. Vous avez perdu votre capacité à vous projeter dans l’avenir et vos motivations profondes.

Dans son livre N’ayez pas peur du collapse (2020, ed Desclée De Brouwer), le psychothérapeute Pierre-Eric Sutter explique comment l’idée d’un effondrement de notre civilisation – frôlée à chaque canicule, lors de la pandémie ou d’une menace nucléaire de Vladimir Poutine – fissure notre vision du monde. Ce qu’on appelait « rêve », « carrière » ou « investissement » n’est plus qu’une illusion. L’auteur évoque notamment le cas d’élèves de lycée qui envisagent d’abandonner leurs études car « à quoi bon apprendre
un métier qui aura disparu en 2030 ? ».
Il rejoint ici les réflexions du philosophe Fabrice Midal. Le coach en méditation aux petites lunettes jaunes rappelle, dans son essai : Comment rester serein quand tout s’effondre (2021, Ed. Flammarion), que sans l’espoir d’une vie meilleure, on ne se lèverait pas le matin.

L’idée d’un effondrement de notre civilisation – frôlée à chaque canicule, lors de la pandémie ou d’une menace nucléaire de Vladimir Poutine – fissure notre vision du monde. Ce qu’on appelait « rêve », « carrière » ou « investissement » n’est plus qu’une illusion.


Cercle vicieux


Un film décrit de façon tout à fait réaliste ce mal-être : Take Shelter, de Jeff Nichols, sorti en 2011. L’histoire de Curtis, obsédé par de violents cauchemars sur l’apocalypse et qui se laisse envahir par la peur.

Le scénario montre combien cette souffrance est un cercle vicieux. Si on l’intériorise, elle vous ronge de l’intérieur… si on l’extériorise, elle conduit à des actes désespérés ou des engueulades entre parents, amis ou collègues. Imaginez, lors d’un pot de départ, voir une collègue fondre en larme à la vue de gobelets en plastique et vous lancer : « Tu vas encore jeter du plastique ! Alors que la planète étouffe, que les oiseaux disparaissent et que les océans meurent ! »

Beaucoup se laissent prendre dans ce cercle vicieux. D’ailleurs, le nombre de consultations sur le thème du burn out écolo ou de l’éco-lassitude, a explosé, selon le psychiatre Antoine Pelissolo, co-auteur des Émotions du dérèglement climatique (2021, Flammarion) et qui parle de « vague d’éco-inquiétude ».

Face à un proche ou un collègue éco-anxieux : que dire, que faire ?

Vous pensez que les éco-anxieux sont des baba-cools tendance survivaliste limite complotistes ? Vous vous fourrez le tofu dans l’oeil ! Les éco-anxieux aiment les rapports du GIEC (ce sont peut-être les seuls qui les lisent), les stats, les projections… la science quoi.

Comme l’explique Alice Desbiolles, auteure de L’Eco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé (2020, Fayard), « l’angoisse prospective [de l’éco-anxiété] s’appuie sur une forme de véracité scientifique. » Oui, mais : c’est justement cette vérité scientifique qui les démoralise.

Pour les aider (les éco-anxieux), potassez votre sujet et placez-vous aussi sur le terrain de la réalité. N’invoquez pas « le génie humain », ni « notre capacité d’adaptation depuis l’ère glaciaire » et encore moins « l’espoir que la technologie nous sauvera ». Ces fariboles positivistes n’ont pas de prise sur les éco-anxieux… et Elon Musk n’est pas leur idole, loin de là !

Prenez exemple sur Laure Noualhat. Cette journaliste spécialisée dans les questions d’environnement a développé une éco-anxiété à force de raconter des news catastrophiques à longueur de journée. Mais, avec l’aide d’éco-psychologues – comme Charline Schmerber – elle a fait le deuil de notre mode de vie et a réalisé une « transition intérieure ». De cette mue est né un livre : Comment rester écolo, sans finir dépressif (2020, Editions Tana). Elle y décrit sa méthode : transformer sa colère (ou sa peur) en un projet constructif, qui permette de développer des savoir-faire, des compétences et de faire des rencontres. Selon elle, le meilleur remède à
l’éco-anxiété, c’est d’agir dans un collectif, à son niveau et selon ses compétences.

Passer à l’action


Niveau 1 : les « petits gestes écolos ». Éteindre les lumières, avoir sa gourde, ne pas gaspiller, faire du vélo, manger moins de viande, couper l’eau du robinet, rejoindre une AMAP, manifester pour le climat, etc… Rien de mieux que voir des proches ou des collègues s’engager à vos côtés. Cela donne de l’optimisme, de l’espoir et du sens. Des sentiments puissants pour les accompagner dans ce climat anxiogène. Une bonne initiative en entreprise : lancer un potager d’entreprise sur le balcon ou le toit de l’immeuble, comme le proposent les entreprises happyculturefrance.fr, sauvaje.fr ou corporategarden.fr.

Ici, on applique les principes du coping (to cope with, faire face en anglais). Un concept venu du management, qui désigne les méthodes qu’une personne ou une organisation peut mettre en œuvre pour s’adapter à un événement inattendu, un risque ou une menace. Bref, on fait avec en s’adaptant au quotidien. Avec son slogan « vivre avec le virus », 2021 fut clairement l’année du coping ! Mais certains éco-anxieux ont déjà dépassé le premier niveau et désirent aller au niveau 2 : iels souhaitent être accompagnés dans leur transition écologique.


Un processus de remise en question (et en perspective) qui va les changer et, potentiellement, les éloigner de vous ou de votre entreprise. Peut-être auront-ils envie de tout quitter pour refaire leur vie pour partir en quête d’authenticité. C’est un risque à prendre, notamment en tant que manager. Car mieux vaut une démission, qu’une dépression !

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